Il paraît qu'on n'écrit pas quand tout va bien (d'après les mots de la déesse Zazie). Vais-je bien ? Non, c'est évident. Vais-je mal ? Non plus. La vérité, c'est que je me sens vide, anesthésiée, hors de la portée du glaive que l'on appelle communément douleur. Restent une torpeur permanente, une sorte d'absence en toute présence, c'est très étrange. Comme si j'avançais dans le brouillard ; j'entends mais n'écoute pas, je vois, mais ne regarde pas. Je me tiens derrière un rideau, et les mots, et les choses, sont comme lointains. La chaleur, le froid, rien ne m'atteint. Les piques ont déjà fait leur travail et m'ont transpercée de toutes parts. Le sale boulot est déjà fait, les éléments peuvent dorénavant s'en prendre à quelqu'un d'autre. Mission over - target destroyed.
Petit flash-back pour tout comprendre, ce sera plus évident pour tout le monde, si toutefois l'envie de me lire prendrait quelqu'un, on ne sait jamais. Je suis la quatrième fille d'une famille de cinq enfants, toutes des filles. J'ai grandi à la campagne, loin de tout souci. J'ai eu une scolarité plutôt bonne et suis très avancée dans mes études supérieures. J'ai fait beaucoup de sport, jeune, et mon goût pour les sports d'équipe m'a valu quelques ennuis au collège et au lycée, mes accolytes filles me trouvant un peu trop "masculine" à leur goût. De toute façon, je suppose que j'aurais bien été "trop ci", ou "pas assez ça", dans n'importe quel autre contexte.
Côté famille, ça allait, même si ma mère était plutôt sévère, et mon père exigeant - si je rentrais de l'école avec un 18/20, il me demandait où étaient passés les deux points manquants. Très vite, mes parents se sont brouillés avec ma soeur aînée, car ils n'appréciaient pas son conjoint, après de multiples crisounettes, une plus sérieuse a fait évoluer la situation vers le point de non-retour. Ils ne se voient plus, elle et mes parents, et quand mon père va chercher ses petits enfants, il faut que quelqu'un l'accompagne, pour sonner à la porte et récupérer les petits, car mon père ne veut pas saluer ma soeur.
A cause de ma très forte ressemblance visuelle avec ma soeur aînée, mon père, en colère après elle, m'a souvent reproché des traits qu'il trouvait communs entre ma personnalité et celle de ma soeur. J'ai subi beaucoup de pression, dès mon jeune âge, pour rendre mon père fier de moi.
Très vite - cela date de l'époque de mon premier club de foot, j'ai noté que mes camarades féminines étaient bien plus jolies et bien plus attirantes que mes partenaires mâles. Et très vite, ma mère m'a retiré du foot.
Ma mère a une soeur lesbienne et mes attitudes de garçon lui faisaient peur, elle nous a toujours dit que si l'une de nous étaient lesbienne, elle la renierait.
Au milieu de mon adolescence, même si je sentais de puissantes attirances vers les femmes, ma peur de voir ma mère se détourner de moi m'a fait me rapprocher des garçons. J'ai eu deux aventures, de 14 à 22 ans, la première pendant 3 ans et demi, la seconde pendant 5 ans et demi (vu le calcul, comprenez que mes histoires ont été très rapprochées - 5 jours d'intervalle entre les deux). A ma séparation d'avec mon dernier compagnon, avec qui j'habitais (sans compter un séjour professionnel de 2 ans dans un pays anglo-saxon), j'ai dû me contraindre à revenir vivre chez mes parents, dans le village desquels mon travail se situait (et se situe toujours). C'était en septembre dernier. J'ai très vite rencontré une femme, avec qui j'ai vécu une histoire d'amour courte, de 3 mois, mais qui m'a permis de vivre pleinement mes sentiments et mes désirs.
Mes parents ont appris mon homoséxualité par une de mes soeurs, qui croyait bien faire. Autant vous dire que c'est très, très, très mal passé, mais mes parents n'ont pas bougé, excépté des piques permanentes et des remarques blessantes (erreur génétique, etc etc, je passe là dessus, c'est difficile d'en parler, peut-être l'histoire de mon coming-out pourra être développée plus tard). J'ai connu un enfer incroyable pendant cette période, mais je comprenais leur problème de compréhension.
Finalement, ma petite soeur, moins proche que les autres, a attisé les flammes de la discorde, petit à petit et après un clash monumental la semaine dernière, alors qu'elle était venue chez ma conjointe et moi (nous sommes ensemble depuis six mois et venons d'emménager à 5km de chez mes parents), mes parents ont demandé à me voir, afin que l'on mette les choses au clair. Je suis restée calme, ai répondu poliment à leurs reproches, pour finalement m'entendre dire par mon père que je n'existais plus pour lui et qu'il ne voulait plus entendre parler de moi. La séquence la plus humiliante a été le moment où mon père m'a demandé de lui rendre les clefs de sa maison, ainsi que le pass anti-effraction de l'alarme qui sécurise leur maison depuis que, durant leurs vacances de deux semaines cet été, j'ai évité une entrée par effraction d'un cambrioleur. Je gardais la maison pour leur rendre service, et pour nourrir leurs chiens, quand un homme a tenté d'entrer, mais j'ai eu le temps d'appeler la gendarmerie. Bref. Je lui ai rendu ses clefs, et me voilà sans parents.
Mille choses me sont passées par la tête ce soir là, des choses sombres, des choses tristes, j'ai beaucoup pleuré, mais ce qui a le plus causé mes larmes, ce n'était pas tant leurs paroles et leurs actes ce jour-là -mercredi - mais plutôt le souvenir de bons moments passés avec eux quand tout allait bien, et surtout, l'image de leurs visages me souriant, du temps où l'amour était présent...
kOkOmOcO